Deux styles de réseautage : pourquoi l'étendue et la profondeur comptent toutes deux
- Les deux orientations : agentique et communautaire
- Ce que les réseaux larges t’apportent
- Implications pratiques de l’étendue
- Ce que les réseaux profonds t’apportent
- Le multiplicateur de confiance
- Instrumental vs. relationnel : deux modes de réseautage
- L’effet de l’expérience
- Construire ton réseau hybride
- Fais l’audit de ton réseau actuel
- Sois intentionnel concernant l’étendue
- Sois intentionnel concernant la profondeur
- Utilise ta carte de visite numérique comme un pont
- Organise les conversations qui comptent
- Le réseau que tu construis
Une cadre supérieure m’a un jour fait part d’une observation qui m’est restée. Quand elle jouait au golf avec des collègues femmes, la conversation dérivait naturellement vers des sujets personnels : les enfants, les changements de vie, comment elles allaient vraiment. Quand elle jouait avec des hommes, la conversation devenait professionnelle presque immédiatement : quelle entreprise, quel rôle, quels défis elles étaient confrontées, quelles affaires étaient en cours.
Aucune approche n’était mauvaise. Toutes deux étaient du réseautage. Mais elles construisaient des types de relations fondamentalement différents, et ces différences ont de réelles conséquences sur la façon dont les opportunités et la confiance circulent dans les réseaux professionnels.
Si tu as déjà eu l’impression que certaines personnes semblent « réseauter différemment » de toi, tu ne l’imagines pas. Des décennies de recherche en psychologie sociale et en comportement organisationnel ont identifié deux orientations distinctes qui façonnent la manière dont les gens construisent des connexions professionnelles. Comprendre les deux, et apprendre à les utiliser délibérément, pourrait être la compétence de réseautage la plus précieuse que tu développeras jamais.
Les deux orientations : agentique et communautaire
Les psychologues Alice Eagly et Wendy Wood, dans leurs travaux influents sur la théorie des rôles sociaux, décrivent deux grandes orientations comportementales qui apparaissent constamment dans les contextes professionnels.
L’orientation agentique est orientée vers les objectifs. Elle privilégie les résultats, le statut et l’échange efficace d’informations utiles. Les conversations sont orientées vers des sujets professionnels : que fais-tu, avec qui travailles-tu, qu’essaies-tu d’accomplir ? Le style de réseautage qui découle de cette orientation tend à être large. Rencontrer beaucoup de monde, échanger rapidement des informations pertinentes, passer à la conversation suivante. L’objectif est de construire un vaste réseau avec des connexions diverses qui couvrent différentes industries, fonctions et cercles sociaux.
L’orientation communautaire est orientée vers les relations. Elle privilégie l’empathie, le contexte personnel et la qualité de la connexion humaine. Les conversations approfondissent qui est la personne, pas seulement ce qu’elle fait. Le style de réseautage ici tend à produire des réseaux plus denses avec moins de connexions mais des liens plus forts, construits sur une confiance mutuelle et un investissement personnel soutenu.
Les recherches d’Herminia Ibarra à l’INSEAD ont montré que ces orientations ne sont pas strictement genrées, bien qu’elles corrèlent avec la socialisation de genre. Les hommes dans les contextes professionnels tendent à privilégier par défaut le réseautage agentique. Les femmes tendent à privilégier par défaut le réseautage communautaire. Mais les personnes qui excellent le plus dans le réseautage, quel que soit leur genre, apprennent à utiliser les deux.
Il ne s’agit pas d’un style meilleur que l’autre. Il s’agit de comprendre que chacun produit des résultats différents, et les réseaux professionnels les plus puissants sont construits par des personnes qui savent quand élargir leur réseau et quand l’approfondir.
Ce que les réseaux larges t’apportent
En 1973, le sociologue Mark Granovetter a publié un article qui a changé notre façon de penser aux opportunités professionnelles. “La force des liens faibles” a démontré que les opportunités d’emploi, les pistes commerciales et les informations nouvelles sont bien plus susceptibles de provenir de connaissances éloignées que d’amis proches.
La logique est contre-intuitive mais solide. Tes contacts proches ont tendance à connaître les mêmes personnes que toi, à lire les mêmes choses que toi et à évoluer dans les mêmes cercles. Ils sont merveilleux pour le soutien et la confiance, mais ils t’apportent rarement des informations véritablement nouvelles. Tes contacts éloignés, ces personnes que tu as rencontrées une fois à une conférence, l’ancien collègue à qui tu n’as pas parlé depuis deux ans, la connexion d’une autre industrie, sont des ponts vers des écosystèmes d’information entièrement différents.
Granovetter a découvert que les personnes qui décrochaient un emploi grâce au réseautage étaient beaucoup plus susceptibles d’avoir entendu parler de l’opportunité par un lien faible plutôt que par un lien fort. Le même principe s’applique au développement commercial, aux partenariats et à l’innovation. Les nouvelles informations circulent par la périphérie de ton réseau, pas par le noyau.
C’est pourquoi les réseautrices et réseauteurs agentiques, ceux qui construisent de vastes réseaux à travers divers groupes, ont tendance à rencontrer plus d’opportunités. Le sociologue Ronald Burt a développé le travail de Granovetter avec sa théorie des “trous structuraux”, montrant que les personnes qui comblent les lacunes entre des groupes déconnectés obtiennent des avantages informationnels qui se traduisent directement par une avancée de carrière et un succès commercial.
Si tu as déjà conclu une affaire ou décroché un emploi grâce à quelqu’un que tu connaissais à peine, tu as expérimenté toi-même la force des liens faibles. Ce n’était pas de la chance. C’était la structure du réseau fonctionnant comme prévu.
Implications pratiques de l’étendue
Construire un réseau large signifie être intentionnel concernant la diversité. Ne pas seulement assister à des événements dans ta propre industrie, mais s’étendre dans des domaines adjacents. Ne pas seulement se connecter avec des personnes à ton niveau, mais construire des relations à travers les niveaux de séniorité, les fonctions et la géographie.
Cela signifie aussi maintenir ces connexions, même légèrement. Un lien faible ne fonctionne que s’il reste un lien. La personne qui t’envoie un e-mail à propos d’une offre d’emploi le fait parce qu’elle se souvient de toi, même vaguement. Si tu as complètement disparu de leur radar, ce pont est parti.
C’est là que la plupart des gens ont des difficultés. Construire un réseau large est une chose. Le maintenir en vie en est une autre. Tu ne peux pas prendre un café mensuel avec 500 personnes. Mais tu peux envoyer un message occasionnel, réagir à leurs publications ou laisser un mot quand quelque chose te les rappelle. La barre pour maintenir un lien faible est basse. Le retour sur ce petit investissement est disproportionnellement élevé.
Ce que les réseaux profonds t’apportent
Les réseaux larges génèrent des opportunités. Les réseaux profonds génèrent de la confiance. Et la confiance est la monnaie qui permet à ces opportunités de se transformer réellement en quelque chose de concret.
Pense à la dernière fois que tu as recommandé quelqu’un pour un emploi, présenté un client à un partenaire, ou mis ta réputation en jeu en recommandant quelqu’un. Tu ne l’as pas fait pour une connaissance occasionnelle. Tu l’as fait pour quelqu’un que tu connaissais bien, quelqu’un en qui tu avais confiance, quelqu’un dont tu pouvais personnellement garantir le caractère et la compétence.
Des recherches menées par Monica Forret et Thomas Dougherty ont montré que le réseautage relationnel, celui qui est axé sur la construction de relations authentiques et durables, est un meilleur prédicteur de la satisfaction professionnelle et du succès professionnel à long terme que le réseautage purement instrumental. Les personnes ayant des réseaux profonds déclarent des niveaux plus élevés de confiance, de coopération et de soutien mutuel. Elles reçoivent des retours plus honnêtes, des introductions plus généreuses et une collaboration plus soutenue.
Les réseaux profonds remplissent également une fonction que les réseaux larges ne peuvent pas : ils t’offrent un espace sûr pour être vulnérable. Dans une relation professionnelle profonde, tu peux admettre que tu as des difficultés, demander conseil sans faire semblant, et partager des idées préliminaires sans craindre le jugement. Ce type de sécurité psychologique est essentiel à la croissance, et il n’existe que dans des relations bâties sur un investissement personnel authentique.
Le multiplicateur de confiance
Voici ce qui rend cela intéressant du point de vue de la stratégie de réseautage. Un lien fort ne t’aide pas seulement directement. Il amplifie la valeur de tes liens faibles. Lorsqu’un contact proche te présente quelqu’un de son réseau, tu hérites d’une partie de sa confiance. L’introduction a du poids précisément parce que la relation derrière elle est profonde.
C’est pourquoi les personnes qui excellent le plus dans le réseautage n’ont pas seulement beaucoup de contacts. Elles ont quelques relations profondes qui servent de multiplicateurs de confiance, rendant chaque introduction plus puissante et chaque nouvelle connexion plus crédible.
Si tu es le genre de personne qui se concentre exclusivement sur la rencontre de nouvelles personnes mais n’approfondis jamais ces relations, tu construis un réseau avec une énergie potentielle mais aucun mécanisme pour la convertir. Les opportunités afflueront, mais tu n’auras pas l’infrastructure de confiance pour agir efficacement.
Instrumental vs. relationnel : deux modes de réseautage
Les chercheurs en comportement organisationnel distinguent souvent deux modes de réseautage qui correspondent étroitement aux orientations large et profonde.
Le réseautage instrumental est axé sur l’identification d’opportunités et l’échange d’informations utiles. Tu assistes à un événement avec un ordre du jour clair : rencontrer des clients potentiels, trouver un partenaire technique, en apprendre davantage sur un marché spécifique. Les conversations sont efficaces, orientées vers un objectif et évaluées par leur utilité. Ai-je appris quelque chose d’utile ? Ai-je établi une connexion qui fait avancer mon entreprise ?
Le réseautage relationnel est axé sur la construction de relations authentiques et durables où la dimension personnelle est naturelle et valorisée. Tu investis du temps à comprendre qui est la personne, pas seulement ce qu’elle peut faire pour toi. Tu fais un suivi non pas parce qu’il y a une affaire en cours, mais parce que tu as vraiment apprécié la conversation. Tu te souviens du nom de leurs enfants, de leurs préoccupations professionnelles, du livre qu’ils ont recommandé.
Aucun mode n’est intrinsèquement supérieur. Le réseautage instrumental sans profondeur relationnelle semble transactionnel et laisse les gens se sentir utilisés. Le réseautage relationnel sans aucune conscience instrumentale peut te laisser de merveilleuses amitiés mais aucune traction professionnelle.
L’approche la plus efficace est hybride. Tu apportes une conscience stratégique à ton réseautage, fixant des objectifs clairs pour ce que tu veux accomplir, tout en investissant une énergie personnelle authentique dans les relations qui comptent le plus. Tu peux être intentionnel sur qui tu rencontres sans être manipulateur sur la façon dont tu te connectes avec eux.
L’effet de l’expérience
Voici une bonne nouvelle issue de la recherche. L’écart entre ces deux styles tend à se réduire avec l’expérience. Les professionnels en début de carrière s’inclinent souvent fortement vers l’une ou l’autre orientation, influencés par la socialisation, la personnalité et les normes de leur secteur. Mais les professionnels chevronnés, ceux qui ont construit des réseaux réellement puissants au fil des décennies, décrivent presque universellement une approche hybride.
Ils ont appris, par l’expérimentation, que l’étendue sans profondeur est fragile. Un grand réseau de connexions superficielles ne tient pas la route sous la pression. Lorsque tu as réellement besoin de quelque chose, lorsque tu cherches un emploi, que tu conclus une affaire critique ou que tu traverses une crise professionnelle, ce sont tes relations profondes qui sont là pour toi.
Ils ont également appris que la profondeur sans étendue est limitante. Un petit groupe restreint de contacts de confiance est inestimable, mais il peut devenir une chambre d’écho. Sans de nouvelles perspectives venant de la périphérie, tu manques des opportunités et développes des angles morts.
La personne qui excelle dans le réseautage hybride jette un filet large puis approfondit sélectivement les connexions les plus prometteuses. Elle maintient un grand réseau de relations légères tout en investissant massivement dans un plus petit nombre de relations profondes. Elle sait quand une conversation exige une efficacité agentique et quand elle exige une chaleur communautaire.
Construire ton réseau hybride
Alors, comment développer concrètement ces deux orientations ? Quelques points de départ pratiques.
Fais l’audit de ton réseau actuel
Regarde tes contacts et évalue honnêtement l’équilibre. As-tu beaucoup de connaissances mais peu de personnes à qui tu ferais confiance pour une question sensible ? Tu as besoin de plus de profondeur. As-tu un cercle restreint mais que tu rencontres rarement de nouvelles personnes ? Tu as besoin de plus d’étendue. L’objectif n’est pas une répartition parfaite 50/50, mais un équilibre délibéré qui sert tes objectifs professionnels.
Un outil comme BlaBlaNote peut t’aider ici. Lorsque tous tes contacts et interactions sont au même endroit, des schémas deviennent visibles. Tu peux voir qui tu consacres du temps, avec qui tu as perdu le contact, et où se trouvent les lacunes. La gestion de tes contacts devient un miroir de ton comportement de réseautage.
Sois intentionnel concernant l’étendue
Fixe une cadence pour rencontrer de nouvelles personnes en dehors de tes cercles habituels. Participe à des événements dans des industries adjacentes. Accepte les présentations de liens faibles. Rejoins des communautés où tu n’es pas l’expert. Chaque nouvelle connexion est un pont potentiel vers un écosystème d’information auquel tu ne peux actuellement pas accéder.
Lorsque tu rencontres quelqu’un de nouveau, saisis le contexte immédiatement. Qu’as-tu discuté ? Sur quoi travaillent-ils ? Qu’est-ce qui les passionnait ? Ces détails sont la matière première pour de futures conversations, et ils s’estompent rapidement. Une note vocale rapide après une conversation prend trente secondes et préserve un contexte que ta mémoire perdra en une journée.
Sois intentionnel concernant la profondeur
Identifie les relations de ton réseau qui ont le plus de potentiel pour une profondeur authentique, et investis-y. Cela ne signifie pas de programmer des dîners mensuels avec cinquante personnes. Cela signifie reconnaître quelles connexions méritent plus qu’un “J’aime” sur LinkedIn, et agir en conséquence.
Approfondir une relation exige de se souvenir du contexte. Que se passe-t-il dans leur vie ? Sur quoi travaillaient-ils la dernière fois que tu as parlé ? Pour quel conseil t’avaient-ils sollicité ? Avoir ces informations accessibles lorsque tu prépares une réunion transforme une mise à jour de routine en une conversation qui renforce la confiance.
Utilise ta carte de visite numérique comme un pont
Ta carte de visite numérique est une petite chose, mais elle signale quelque chose sur la façon dont tu abordes le réseautage. Échanger des informations de contact sans effort, sans la danse gênante du “laisse-moi trouver une carte”, donne un ton professionnel dès la première interaction. Cela signifie aussi que le nouveau contact finit réellement dans ton système, où tu peux entretenir la relation au lieu de la perdre dans une pile de cartes de visite en papier sur ton bureau.
Organise les conversations qui comptent
Le réseautage large et profond génèrent tous deux des conversations. La différence est ce qui se passe après. Les conversations instrumentales nécessitent un suivi efficace : un e-mail rapide, une ressource partagée, une connexion établie. Les conversations relationnelles nécessitent que le contexte soit préservé : ce que vous avez discuté, ce qu’ils traversent, à quoi tu t’es engagé.
Garder tes conversations organisées est ce qui te permet de maintenir les deux styles simultanément. Sans système, l’étendue submerge ta mémoire et la profondeur exige plus d’effort cognitif que tu ne peux en maintenir. Avec un système, tu peux maintenir des centaines de relations légères tout en approfondissant celles qui comptent le plus.
Le réseau que tu construis
Chaque conversation que tu as est un petit investissement dans l’une des deux choses suivantes : l’étendue ou la profondeur. Les personnes qui excellent le plus dans le réseautage font cet investissement délibérément, guidées par leurs objectifs et conscientes de ce que chaque type de relation produit.
Les réseaux larges t’apportent des informations, des opportunités et de la sérendipité. Les réseaux profonds t’apportent confiance, coopération et résilience. Tu as besoin des deux. La recherche est claire à ce sujet, tout comme l’expérience vécue par quiconque a bâti une carrière sur la force de ses relations.
La bonne nouvelle est que c’est une compétence qui s’apprend. Tu n’as pas besoin de changer ta personnalité ou d’adopter une approche qui te semble inauthentique. Tu as juste besoin de reconnaître quel mode tu privilégies naturellement par défaut et de pratiquer consciemment l’autre. Avec le temps, l’approche hybride devient naturelle.
Commence là où tu es. Regarde ton réseau. Remarque l’équilibre. Et la prochaine fois que tu entres dans une pièce remplie de professionnels, que ce soit une conférence, un dîner ou une rencontre informelle, emporte avec toi les deux orientations. Jette le filet large. Et puis, quand les bonnes conversations émergent, va en profondeur.